Au centre hospitalier Jacques Cœur à Bourges (18), trois orthoptistes travaillent au sein de la consultation ophtalmologique. L’une d’entre elles, Anne Pelaud, donne une vue d’ensemble de son métier.
Quels sont vos champs d’intervention ?
L’orthoptie consiste en des actes d’exploration, de rééducation et de réadaptation de la vision, en utilisant éventuellement des appareils destinés à traiter les anomalies fonctionnelles de la vision. Sur prescription médicale, l’orthoptiste établit son diagnostic, l’objectif et le plan de soins. Le bilan, accompagné du choix des actes et des techniques appropriées, est communiqué au médecin prescripteur.
Comment s’articule votre activité ?
L’activité est axée notamment autour du bilan et de la rééducation des altérations de la vision binoculaire qui concernent les troubles mineurs de types hétérophories (déviations visuelles latentes) et les troubles majeurs tels les strabismes, les paralysies oculomotrices, l’amblyopie fonctionnelle unilatérale (œil dont la vision reste faible malgré le port de la correction optique et en l’absence de toute anomalie organique) ou bilatérale.
Le dépistage précoce de l’amblyopie fonctionnelle (avant l’âge de 1 an) évite une prise en charge longue et difficile à assumer par l’enfant et ses parents. Cet examen est réalisé à l’aide d’un appareil nommé “bébé vision”. Il permet une évaluation de la vision dès l’âge de 3/5 mois.
Existe-t-il d’autres axes spécifiques et techniques ?
Un axe important de l’exercice orthoptique, surtout en milieu hospitalier, concerne les examens d’exploration fonctionnelle. Ces examens qui visent à étudier la fonction visuelle dans sa globalité (rétine, nerf optique, aires visuelles du cortex) sont faits sous la responsabilité de l’ophtalmologiste qui les interprète.
Champ visuel (automatique pour les suivis de glaucome, au Goldmann appareil de campimétrie (technique permettant l’étude de la zone moyenne centrale du champ visuel). pour les atteintes neurologiques entre autres), PEV, ERG (examens électriques de la rétine et du nerf optique), vision des couleurs, OCT (technique d’imagerie du fond d’œil), tonométrie (mesure sans contact de la tension oculaire) sont les examens d’exploration fonctionnelle les plus souvent demandés.
Travaillez-vous en partenariat ?
Oui, c’est le cas entre autres pour le bilan et la rééducation de la “malvoyance” ou basse vision. Cette action, qui vise à optimiser le potentiel visuel restant dans une perspective de qualité de vie et d’autonomie, concerne tous les âges. Pour être la plus efficace possible, elle suppose une prise en charge pluridisciplinaire avec des instructeurs en locomotion, des psychologues, des ergothérapeutes et des enseignants spécialisés.
Nous travaillons en partenariat avec la maison départementale du handicap et avec l’école d’amblyopes de notre ville où nous participons aux conseils d’orientation des enfants. Nous sommes également sollicitées pour les projets d’accueil individuel des enfants ou adolescents malvoyants intégrés en classes ordinaires, de la maternelle au lycée.
Quelles sont les qualités naturelles pour pratiquer ce métier ?
On n’arrive pas à ce métier par hasard. Il faut affectionner le relationnel, être curieux, aimer réfléchir, avoir une capacité d’écoute. Dans ce métier, on est en formation tous les jours. Lorsqu’on l’exerce à l’hôpital, on sait vite si on est fait pour cela. C’est un travail d’équipe.
Votre métier a t-il évolué ?
En 2001, il y a eu la reconnaissance du bilan comme acte premier à toute prise en charge comprenant le diagnostic orthoptique. Depuis l’article R-43421 du décret des compétences des orthoptistes du 28 novembre 2007, les orthoptistes sont habilités à faire la réfraction. Ce sont les mesures de l’acuité visuelle et des défauts optiques ainsi que la détermination de la compensation optique (verres correcteurs) qui donnent la meilleure acuité à chaque œil mais aussi aux deux yeux. La prescription des verres reste de la compétence du médecin. Cette possibilité s’inscrit dans le cadre d’une délégation de compétence en lien avec l’insuffisance du nombre d’ophtalmologistes. La profession encore jeune a vu son champ d’action s’élargir d’année en année, la rendant de plus en plus attractive. Le dernier décret ouvre la voie à une collaboration plus étroite avec les ophtalmologistes que ce soit en secteur hospitalier, en libéral ou en tant que salarié dans le cabinet du médecin.
Alain Martinez
