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Orthophoniste : l’aiguilleur pour mettre sur la bonne voix

MNH Revue 155 - février 2007


Orthophoniste : l'aiguilleur pour mettre sur la bonne voix

À l’hôpital la Pitié-Salpétrière, Dominique Chauvin, cadre orthophoniste, travaille dans le service psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent, dirigé par le professeur Cohen.


Quels sont les champs couverts par l’orthophonie ?

Dominique Chauvin L’orthophonie couvre de nombreuses disciplines et les orthophonistes interviennent aussi bien en pédiatrie, en neurologie, en ORL, en gériatrie ou en psychiatrie …

Dans notre service, nous sommes spécialisés dans les troubles du développement et des apprentissages. On nous adresse des enfants dès l’âge de deux ans et demi quand les parents s’inquiètent devant l’absence de langage. On nous consulte également dans les cas de difficultés d’apprentissage en lecture, en écriture ou en calcul pour déterminer s’il s’agit ou non d’une réelle pathologie (dyslexie, dyspraxie, …).

L’évaluation de l’orthophoniste se fait au sein d’un bilan global en partenariat avec des psychologues, des psychomotriciens et des psychiatres, ce qui permet de mieux appréhender les patients et d’apporter de meilleures réponses aux parents.

Vous ne faites pas que de l’évaluation ?

L’évaluation constitue une partie de notre activité et nous permet à travers une batterie de tests portant sur la phonologie, le lexique, la syntaxe aussi bien à l’oral qu’à l’écrit, de renseigner le médecin qui pourra à sa consultation orienter le patient. Nous intervenons également auprès d’enfants hospitalisés de jour ou à temps plein que nous prenons en rééducation plusieurs fois par semaine.

Notre structure d’une capacité de 80 lits accueille des enfants ou adolescents présentant des pathologies lourdes (troubles envahissants du développement, dysphasie et dysharmonie cognitive) qui nécessitent des soins spécifiques et une scolarité adaptée. Le service dispose d’ailleurs d’une école dédiée de l’Education Nationale avec des enseignants spécialisés et une directrice.

Comme nous sommes Centre Référent Langage et Centre Référent Autisme, nous apportons notre expertise pour les orientations et les prises en charge d’enfants de toute l’Ile de France.

Comment devient-on orthophoniste ?

Le cursus comporte quatre années d’études post-bac, après avoir passé un concours sélectif, organisé dans chaque région avec numerus clausus, avec un taux de réussite de 5 à 10 %.

Selon les écoles, les contenus des stages divergent en fonction des orientations des 13 facultés de médecine dans lesquelles l’enseignement est dispensé mais une harmonisation est en cours et l’organisation de cet enseignement (équivalent au master) devrait être modifiée pour être en conformité avec la standardisation européenne des diplômes.

On constate que beaucoup de postulants opèrent une reconversion professionnelle et une année de préparation au concours n’est pas superflue ou une année en fac de psychologie ou de lettres. C’est un métier où les femmes sont présentes à plus de 95 %. L’emploi est assuré car nous manquons d’orthophonistes et le recrutement est difficile, d’où des attentes de 4 mois pour obtenir un rendez-vous. La pénurie existe aussi bien à l’hôpital qu’en libéral.

J’ai été attirée dès mon enfance par le soin, j’ai donc suivi une première année de médecine mais ce n’était pas ce que je recherchais. Ce métier de rééducation, pas très connu il y a 30 ans, m’a plu par son travail pluridisciplinaire, décloisonné et ses champs de compétence variés.

Quelles sont les qualités nécessaires pour l’exercer ?

Avec le recul de mon expérience, la persévérance et la créativité ne suffisent pas. Je m’aperçois qu’il n’existe pas de prise en charge formatée. Il faut s’adapter en permanence et proposer des interventions spécifiques en fonction non seulement de la pathologie mais de la personnalité des enfants.

Comme tous les soignants, il faut posséder de la bienveillance et de la compassion, tout en respectant une certaine distance. Si nous utilisons l’outil informatique, nous continuons à nous servir de jeux, de livres. Nous essayons de travailler à partir des centres d’intérêt des enfants.

Avec 30 années de pratique, comment voyez-vous l’évolution de votre métier ?

Nous sommes passés d’un certain empirisme, basé sur le ressenti, à un professionnalisme dû à l’évolution des progrès de la médecine dans le fonctionnement des processus cérébraux. Je participe à des actions de recherche en orthophonie, en liaison avec le CNRS, sur les sciences cognitives pour décoder les mécanismes d’apprentissage de la lecture.

L’imagerie cérébrale a permis de cartographier le cerveau en activité, alors que ce n’était possible que post-mortem. On parvient à repérer les tumeurs et à les opérer et aussi à savoir si les centres du langage sont atteints. Je note aussi des prises en charge de plus en plus précoces. L’orthophoniste intervient à tous les âges de la vie : chez l’enfant pour l’apprentissage, chez l’adulte porteur de pathologies neurologiques (AVC, maladies dégénératives), en gériatrie pour la maladie d’Alzheimer et en ORL (surdité, cancers, troubles de la voix, etc).

Même si je suis dans le même service depuis mes débuts, j’ai toujours voulu garder un pied dans la clinique alors que je suis cadre et formatrice. S’il n’est pas facile de jongler avec les emplois du temps, je pense que ces expériences se nourrissent mutuellement.

Alain Martinez

 
 
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