Gilles Seguin et David Bristeau, deux des électriciens de l’Hôtel Dieu à Nantes (44), nous éclairent sur le sujet.
Qu’est-ce qui différencie un électricien hospitalier et un électricien hors du cadre de l’hôpital ?
La base du métier est la même c’est-à-dire la restitution du courant. La différence se situe au niveau des secteurs d’activité de l’hôpital. Nous sommes appelés à intervenir sur des appareils et des installations spécifiques comme au bloc opératoire, au laboratoire, au service réanimation. Ajouter à cela, entre autres, le paramétrage de logiciel, la surveillance domotique, la centrale d’air située sur le toit. Notre champ d’activité est très vaste et varié. Il y a évidemment des limites. Lorsqu’elles apparaissent, ce sont des sociétés extérieures qui interviennent
Les normes d’intervention et données techniques sont elles différentes dans un hôpital ?
Oui, car on ne peut pas couper l’électricité n’importe comment depuis les disjoncteurs. Il faut bien vérifier ce qu’il y a au bout de la ligne. Une erreur peut être dramatique. Lorsqu’on intervient sur un appareil de laboratoire par exemple, il faut s’assurer qu’il est décontaminé. Dans une salle d’opération, il faut être informé et appliquer des mesures d’hygiène. Il y a des normes très strictes avant de pénétrer dans certains secteurs de l’hôpital. Les normes de distribution électrique qui régissent le secteur hospitalier sont impératives, il nous faut les connaître. Elles ne sont évidemment pas les mêmes chez un particulier. Pour certains équipements, que ce soit à l’hôpital ou dans le domaine industriel, les normes et les appareils de mesure sont les mêmes. L’électricité cela reste de l’électricité mais à l’hôpital il y a du matériel spécifiquement lié à la santé pour lequel les mesures sont particulières. Nos contrôles sont faits avec des appareils étalonnés.
Ce métier exige t-il une formation spéciale ?
Hormis les stages spécifiques, la formation c’est l’expérience. Il y a 10 ans un CAP suffisait, puis les électriciens se formaient sur le tas. Ce n’est plus le cas. Actuellement, avec deux CAP c’est presque délicat d’être opérationnel rapidement. Le recrutement est de plus en plus axé sur un BTS ou un bac pro dans les métiers de l’électricité. La formation se fait avec les anciens détenteurs d’un savoir très apprécié. Les stages et l’ancienneté font que nous avons les uns et les autres des spécificités d’intervention. C’est un métier qui a énormément évolué. Les outils ont changé. On a des appareils de contrôle qui sont de plus en plus sophistiqués nécessitant de l’informatique, des automates.
Quelles qualités faut-il ?
Il faut être disponible et rapide. Certaines pannes doivent être résolues dans l’urgence. Il faut savoir anticiper en matière de maintenance sur les appareils dont nous avons la charge. Il y a un impératif de qualité. Nous devons être très pointus et assidus sur les appareils de mesure de laboratoire qui doivent correspondre à des normes de mesures européennes. Il ne doit pas y avoir d’erreur. Je suis déjà intervenu pour une prise disjonctée au bloc opératoire en urgence durant une opération. Ce cas est rare mais peut se produire. En temps normal, nous ne sommes pas en contact avec les malades. L’hôpital, c’est un travail d’équipe. La nôtre est solidaire, c’est une forme de communauté. Lors d’une urgence, nous sommes à même de tous intervenir. Le choix de l’intervenant se fait naturellement.
Comment s’articule une journée normale ?
Nos horaires sont les suivants : 8 h 00 à 16 h 30 et une permanence jusqu’à 18 h 00 ; c’est ensuite l’équipe de sécurité qui prend le relais. Les horaires ne sont pas figés car si nous sommes sur une intervention délicate nous terminons celle-ci. Quotidiennement, il y a des travaux qui sont programmés à plus ou moins longue échéance, comme des maintenances préétablies pour lesquelles certains électriciens sont prévus, et il y a le flot de dépannage des divers appareils, les appels téléphoniques des services. L’équipe de sécurité a un logiciel lui permettant de superviser toute l’installation de l’hôpital. Si elle détecte des problèmes au cours de la nuit pour lesquels il n’y a pas un caractère d’urgence, nous les traitons dans la journée. On peut par exemple intervenir sur une disjonction dans un service et s’apercevoir qu’il s’agit d’un appareil défectueux à réparer dans l’atelier si cela est possible. Il faut être réactif.
Alain Martinez
