Au centre de réadaptation de Mulhouse (68), l’un d’entre eux, Jacqueline Probst, explique la démarche primordiale d’aide au retour à la vie sociale et professionnelle.
Dans quel cadre intervenez-vous ?
Au sein du centre de réadaptation, j’interviens dans le cadre de la démarche du réseau national Comete qui permet de travailler le projet professionnel des patients durant la phase active des soins.
Il s’agit de préparer avec eux leur retour à l’emploi selon une démarche précoce d’insertion, c’est-à-dire rapidement après l’accident ou la maladie qui a provoqué le handicap. Je fais partie d’une équipe qui constitue une passerelle entre le monde médical et le monde du travail. J’accompagne les patients qui sont en hospitalisation complète ou de jour.
Pour certains, il s’agit de leur apprendre à faire un CV, un courrier. Dès qu’ils sont en mesure de le faire, ils vont chercher les renseignements nécessaires à leur projet, souvent avec mon aide, puis nous faisons le point. Pour que ce travail soit efficace, il faut instaurer également une forme de travail d’accompagnement de l’entreprise.
De quels outils disposez-vous ?
Ce métier étant basé sur le relationnel, j’utilise l’écoute, la parole ainsi que des techniques de recherche d’emploi. L’équipe de professionnels qui suit les patients est composée d’une ergothérapeute, d’une ergonome, d’une assistante sociale et d’un chargé d’insertion.
C’est un médecin qui coordonne ce groupe. Je travaille avec les patients sur leurs compétences et sur la possibilité qu’elles puissent être transférées vers un autre poste dans l’entreprise ou vers un autre métier.
Quelle est la durée de votre intervention ?
Les équipes suivent pendant deux ans le devenir des personnes qu’elles ont insérées. Nous agissons selon un plan clairement défini, condition indispensable à la mise en place d’un projet personnalisé et durable pour le retour à l’emploi.
L’accompagnement dépend beaucoup du patient, de sa situation : selon qu’il soit salarié, qu’il y ait une possibilité de reprise de poste ou de négociation pour un autre poste ou qu’il faille l’accompagner vers un autre projet dans une autre entreprise, en fonction du handicap (cérébro-lésé, traumatologie, blessés médullaires…).
Ce métier exige des qualités particulières ?
Des qualités de médiation et de conciliation. Il faut être à l’affût de tout et connaître tous les réseaux du marché de l’emploi, l’environnement socio-économique des entreprises afin de rechercher plus rapidement les informations nécessaires à l’accompagnement.
Une grande écoute et une réactivité sont nécessaires en fonction du ressenti que l’on éprouve lors des entretiens avec la personne et l’employeur, car il est également nécessaire d’appréhender les problèmes de l’entreprise. Il faut mettre en place un réseau. Il convient d’être très attentif au comportement psychologique et au handicap des patients. Je suis en contact constant avec les formateurs lorsqu’une formation est mise en place.
Quelles sont les difficultés ?
Il ne faut pas aller trop vite tout en motivant les patients car j’interviens alors qu’ils n’ont souvent rien demandé, trop préoccupés par leurs soins et la volonté de retrouver leurs facultés physiques. Leur parler de retour dans leur entreprise ou les faire réfléchir à un projet professionnel est délicat car il ne faut pas être dans l’assistanat mais uniquement dans l’accompagnement.
Il faut leur donner une méthode de réflexion de projet, qu’ils se l’approprient. Il importe de les rendre vigilants quant aux difficultés qui apparaîtront dans le cadre d’une réflexion sur le projet professionnel sans les décourager. La vigilance est primordiale quant à l’acceptation par le patient de se remettre en cause et le contrecoup de l’intérêt du travail.
Rien n’est acquis ni transférable d’une situation à une autre. Je ne connais pas les pathologies et leur implication parfois dans le monde professionnel ne facilite pas ce lien que nous établissons avec le monde du travail.
Ce qui est important, c’est que le patient comprenne qu’il peut voler différemment avec une aile même si celle-ci est en plastique.
Alain Martinez
